Philippeville

Promenade à la découverte d'une place forte oubliée

Le 1er octobre 1555, plus de cinq mille hommes creusaient les premières fondations de la place forte. Le choix du site s'était arrêté, après pas mal de discussions, sur un plateau situé à l'O. du village d'Echerennes aujourd'hui disparu : la vue y était dégagée pour la surveillance, deux ruisseaux serpentaient à proximité et les sources y sourdaient en nombre. Conçu par l'architecte Sebastien Van Noyen à la demande de Marie de Hongrie, le fort avait à faire face, avec celui de Charlemont près de Givet, à la menace des armées françaises d'Henri II qui venaient d'investir Mariembourg. La situation stratégique de la nouvelle place barrant la route de l'Entre-Sambre-et-Meuse, en fit rapidement un bastion fort convoité. Pourtant Philippeville demeura espagnol pendant plus d'un siècle. Mais en application des clauses du Traité des Pyrénées en 1659, la place forte passa à la France qui la conservera jusqu'en 1815. Le 20 novembre de cette année, la seconde Paix de Paris la remet à la Hollande qui administrera la ville jusqu'à l'indépendance de la Belgique, en 1830.

Le plan de la place, baptisée du nom du nouveau roi d'Espagne Philippe II, adopte le type radio-concentrique. Cinq remparts de longueurs inégales renforcés par autant de bastions à orillons dessinaient un pentagone irrégulier que des fossés secs ceinturaient. L'accès au fort était jadis garanti par deux portes diamétrale¬ment opposées, l'une à l'O., côté France, l'autre à l'E. côté Meuse. Les dix rues convergent vers la Place d'Armes et sont recoupées pour la plupart par deux voies annulaires; dont l'une épouse le tracé des remparts.

Hormis l'église décentrée dans la ville, pratiquement aucun bâtiment contemporain - ou peu s'en faut, de la fondation de la place n'a survécu.

A un premier demi-siècle passablement agité, succède une ère de paix relative sous le règne des Archiducs. Pourtant, très peu de témoins monumentaux subsistent de cette époque. Mais dès 1659, les Français dotent la ville des derniers perfectionnements, face au progrès de la poliorcétique. Vauban, ingénieur militaire de Louis XIV, repense les fortifications: tout en gardant le tracé primitif de Van Noyen, il donne aux défenses un développement plus ample et un aspect étoilé caractéristique, en dotant nouvelles courtines et bastions de nombreux ouvrages extérieurs. De ceux-ci, subsistent quelques vestiges sur le terrain au N. et au S.E. de la ville, ainsi qu'une partie du réseau souterrain de contremine, encore accessible près de la Chapelle des Remparts, bd de l'Enseignement. En outre, c'est également à la 1re moit. du XVIIe s. qu'appartiennent bon nombre de bâtiments militaires conservés et plusieurs logements civils, que les siècles suivants altéreront sérieusement. Le XVIII s. verra la construction et la transformation d'un grand nombre de maisons particulières. Et c'est encore aux Français qu'il faut attribuer la halle actuelle et la Caserne de 1785.

Aux mains des Hollandais, la place sera restaurée. Certaines casernes disparaîtront ou recevront de nouvelles affectations. Les fortifications, partiellement démantelées en 1820, auront entièrement disparu en 1853. Mais ce n'est qu'à la fin des années 1970 que s'estompera toute présence militaire dans l'ancien périmètre.

La physionomie actuelle de la ville est largement tributaire du XVIIIe s. C'est en effet à cette époque que remontent la plupart des maisons, souvent en brique et pierre bleue, qui ont respecté le tracé primitif de la place-forte. Au centre de la place d'Armes, l'imposante statue de la 1re reine des Belges a remplacé l'ancien puits, probablement du XVIIe s., détruit en 1875.Chef-lieu de la nouvelle commune, Philippeville est aujourd'hui un petit centre touristique, commercial et scolaire. La ville s'étend principalement au S., sous forme de quartiers résidentiels lotis.

Auteur : Patrick TOUSSAINT

Prix : 3,00 €